Conférence OFI - 12 janvier 2016 - Salle Wagram
Programme première partie
Programme seconde partie
Intervenants
Dr. Frank Tétart - Docteur en Géopolitique, Direction de l’édition Grand Atlas Autrement - Ancien Co-Auteur de l’émission Le Dessous des cartes, ex-Rédacteur en Chef des revues Moyen-Orient et Carto - A enseigné la géopolitique du monde contemporain et les relations internationales (Sciences Po Paris, Université Paris 1 et Institut Européen de l’Université de Genève) - A publié Atlas des religions, passions identitaires et tensions géopolitiques, Nationalisme régionaux : un défi pour l’Europe, Géographie des conflits mais aussi des articles sur le Golfe Persique, la géopolitique de l’Europe et la mondialisation - Actuellement Professeur d’histoire-géographie à Dubaï et chargé de cours dans des universités des Émirats Arabes Unis - Docteur en Géopolitique de l’Institut Français de Géopolitique, diplômé en relations internationales et titulaire d’une maîtrise d’allemand
Adrian Dearnell, Journaliste, Media Trainer et Modérateur - Eurobusiness Media - Président-Fondateur d’Eurobusiness Media depuis 2002 - Journaliste financier franco-américain - Ancien présentateur de télévision et animateur de divers programmes en anglais et en français sur Bloomberg TV, BFM Business Radio et Radio Classique - Au cours de sa carrière, il a réalisé plus de 3 000 interviews télévisées (anglais / français), y compris avec la plupart des PDG des plus grands groupes français - Ancien Président de l’Association de la presse anglo-américaine de Paris
Jean-Pierre Grimaud - Directeur Général - OFI Asset Management
Nicolas Baverez - Economiste, Historien, Ecrivain, Editorialiste au Point et au Figaro - Auteur de plusieurs livres : Lettres Béninoises (2014) - Réveillez-vous (2012) - Après le Déluge : essai sur la grande crise de la mondialisation (2009) - En route vers l'inconnu (2008) - Que Faire ? Agenda 2007 ? (2006) - Nouveau Monde, Vieille France (2006) - Raymond Aron : penser la liberté, penser la démocratie (2005) - La France qui tombe (2003) - Raymond Aron, un moraliste au temps des idéologies » (1993) - Membre du Comité de Direction de la revue Commentaire et du Comité Directeur de l’Institut Montaigne
Christian Parisot, Responsable de l’ensemble des recherches et Chef Economiste Aurel BGC - Chez l’intermédiaire financier Aurel BGC depuis 2006 - Avec ses équipes, il fournit régulièrement des conseils d’investissement et d’allocation d’actifs à des investisseurs professionnels internationaux en fonction des conditions économiques présentes et anticipées - Il a aussi participé à la rédaction de plusieurs livres sur le comportement des marchés financiers et papier de recherche universitaire
Jean-Pierre Petit, Président - Cahiers Verts de l’économie - Auparavant, Directeur de la Recherche économique et de la Stratégie d’Exane-BNP Paribas et Adjoint au Directeur des études économiques de la BNP - A débuté à la Banque de France et a été consultant pour le  Fonds Monétaire International - Intervient régulièrement à BFM Business, Radio Classique - Diplômé de Sciences Po Paris, titulaire d’un DEA d’économie internationale et d’une maîtrise en droit
Jean-Marie Mercadal, Directeur Général Délégué en charge des gestions - OFI ASSET MANAGEMENT - 28 ans d'expérience - A rejoint OFI AM en 2003 - Distingué en 2007 par Citywire parmi les 10 meilleurs gérants français - A passé 2 ans à la BFT sur l’arbitrage taux/actions puis 14 ans à la Banque du Louvre comme Directeur Général de Louvre Gestion
Xavier Michel, Directeur de la Stratégie et de la Coordination Groupe - OFI ASSET MANAGEMENT
Sophie Bigeard, Responsable de la Multigestion Directionnelle - OFI ASSET MANAGEMENT - 20 ans d’expérience - A rejoint  OFI AM en 2004 - 1 an chez SGBT Luxembourg, en charge de la gestion - Fonds de Fonds pour la clientèle privée - 7 ans à la Banque du Louvre, Analyste Gérant OPCVM - puis Responsable de la Sélection Externe
Jean-Philippe Dorp, Directeur Analyse Crédit - OFI ASSET MANAGEMENT - 15 ans d’expérience - A rejoint OFI AM en 2010 - A passé 4 ans chez Solent Capital (Londres) en tant que Responsable Recherche et Gestion Crédit - Analyste Crédit senior pendant 5 ans chez HPIB (Paris et Dublin) - 3 ans chez Daimler FS (Paris) en tant qu’Analyste Crédit
Eric Van La Beck, Directeur du Pôle ISR - OFI ASSET MANAGEMENT - A intégré le Groupe OFI en 2010 - A effectué l’essentiel de sa carrière dans les activités de marché et de gestion d’actifs en France et à l’étranger - A occupé des postes de Direction d’unités opérationnelles au sein de groupes bancaires et d’assurance notamment dans le domaine de l’épargne d’entreprise - A conduit des opérations de repositionnement stratégique et des  réorganisations d’entités - A rejoint le Groupe Macif  en 2007 comme Responsable de la Recherche et du Développement de l’ISR au sein de l’entité Macif Gestion - Diplômé de l’IEP Paris (1979)
Eric Bertrand, Directeur des gestions Taux et Diversifiées - OFI ASSET MANAGEMENT - A rejoint OFI AM en janvier 2015 - A débuté sa carrière comme chargé d'études au Comptoir des Entrepreneurs (1992-1993) - Début 1994, Gérant monétaire puis Trésorier à la Banque Transatlantique - En 1994, Gérant monétaire, Arbitragiste et Gérant obligataire (taux puis crédit) chez CPR AM puis Responsable gestion de taux (gestion emprunts d’état et privés, monétaire) en 2000 et Directeur Adjoint des investissements en 2012 - Actuaire ISFA
Michaël Fay, Directeur des Gestions Diversifiées Quantitatives - OFI ASSET MANAGEMENT - 15 ans d’expérience sur les marchés - A rejoint OFI AM en 2003, comme Gérant Crédit et Structurés de Crédit et en a pris la Direction en 2009 - A intégré OFI Investment Solutions en 2010 en tant que Directeur de la structuration et des solutions dédiées avant d’en devenir le Directeur Général en 2012 - A rejoint OFI AM en 2014 comme Directeur des gestions diversifiées quantitatives, pôle d’expertises en allocations stratégiques et tactiques quantitatives et en couvertures dynamiques des risques (Overlay) - Cycle économique Appliquée (Paris IX - Dauphine), DEA Finance de marché (Paris I - Sorbonne) et Magistère de Physique Fondamentale (Paris XI - Orsay)
Christophe Lepitre, Directeur Général Adjoint en charge de la supervision des risques, des opérations et des systèmes d’information - OFI ASSET MANAGEMENT - A rejoint OFI en 2009 - 16 ans de trading de dérivés de taux et d’actions - 12 ans en tant que Chief Operating Officer
Michel Manteau, Responsable de la Gestion de Portefeuille - CARMF - A intégré la CARMF en 1994 - A débuté sa carrière à la gestion de patrimoine au sein de la banque Hervet pour devenir Gérant Obligataire - Gestion pour compte propre à la Banque Européenne de Tokyo puis Trésorier de la Caisse d’épargne de Franche-Comté en 1990- Diplômé de l’Institut Supérieur de Gestion (1980)
Questions/Réponses

GÉOPOLITIQUE DES RELIGIONS, ENTRE TENSIONS ET PASSIONS IDENTITAIRES


Question du public : L'État islamique en phase d'expansion, problèmes récurrents en France, en Europe, dans le monde, croissance absente pour ne pas dire négative... Un mot d'optimisme messieurs ?

Frank Tétart : Il est difficile d'être optimiste concernant Daesh, tant qu' il n'y aura pas de solutions politiques aux conflits syrien et irakien.

Question du public : Le risque que les interventions de l'Occident soient perçues comme de nouvelles croisades contre l'islam est-il bien géré ?

Frank Tétart : Oui. Daesh est en train d'instrumentaliser les interventions occidentales comme des preuves de l'islamophobie des européens pour pousser des jeunes à se radicaliser dans les démocraties occidentales et notamment en France.

Question du public : Quel est le rôle de l'EI dans la distribution de pétrole ?

Frank Tétart : Un rôle minime, car leur intérêt repose sur la vente sur des marchés parallèles pour se financer, ou pour pouvoir avoir du carburant pour leurs véhicules.

Question du public : Quel rôle joue aujourd'hui Al Qaida ?

Frank Tétart : Al Qaida a perdu de son aura face à l'influence grandissante de Daesh à l'échelle mondiale. Mais dans différentes régions, il reste une organisation majeure à travers ses "filiales" : notamment au Yémen (Al Qaida dans la péninsule arabique), en Afrique sahélienne avec AQMI (Al Qaida au Maghreb islamique) et en Syrie avec le Front Al Nosra qui lutte contre Daesh

Question du public : Comment analysez vous l'évolution des cours du pétrole ?

Frank Tétart : La chute des cours est le résultat d'une baisse mondiale de la demande et d'une surproduction liée à l'augmentation des producteurs (USA et leur pétrole non-conventionnel) et à la position de l’Arabie Saoudite, suivie par un certain nombre de pétromonarchies du Golfe. Depuis l’accord du 14 juillet 2015, mettant un terme aux rivalités avec l’Iran autour du nucléaire, Ryad cherche à punir Téhéran, en maintenant un niveau de production élevé qui empêche une stabilisation des prix. Ce faisant, l'Arabie pénalise les Américains qui ont signé cet accord avec l’Iran, et qui sont par ailleurs devenus le premier producteur mondial d’énergie avec leur gaz et leur pétrole de schiste, ce qui déplait à l’Arabie Saoudite.

Question du public : Sont-ils manipulés de sorte d'affaiblir Daesh?

Frank Tétart : Non, il n'y a pas de volonté de les manipuler de sorte à affaiblir Daesh.


QUELLES PERSPECTIVES POUR LA CROISSANCE MONDIALE EN 2016 ?


Question du public : Comment expliquer l'affaiblissement de la France au sein de l'Europe ? Depuis quand ?

Jean-Pierre Petit : La descente progressive aux enfers de l’Argentine depuis environ 70 ans devrait interpeller la France. Elle rappelle que les écarts de performance entre les nations sont dus pour l’essentiel aux différences de gouvernance et non pas aux dotations en richesses naturelles ou au hasard. Elle rappelle aussi qu’en cas de fermeture progressive, il peut subsister au sein des pays, des secteurs productifs et compétitifs, coexistant avec un appauvrissement économique du reste de la société. Elle enseigne également que la dynamique du déclin s’auto-entretient : il est en effet très difficile d’amorcer dans ce contexte une stratégie de redressement durable en raison des obstacles sociologiques, politiques et même économiques (l’ajustement a un coût économique de court terme) que le déclin génère en lui-même. L’Argentine montre aussi le caractère illusoire des discours des élites politiques assis sur des mythes et le déni de la réalité. Elle montre aussi le caractère suicidaire à terme du refus de l’adaptation au monde extérieur. L’Argentine a partagé cette passion de l’étatisme, de l’égalitarisme et de l’économie de connivence, avec une tendance à flatter les clientèles et les populismes de toutes sortes en affichant des orientations défensives et risquophobes.

Question du public : Consommation de électricité, freight... La prochaine bulle qui pourrait éclater peut être celle de la dette haut rendement US avec la dette des producteurs de gaz de schiste... Quelles conséquences ?

Christian Parisot : Si vous parlez de la consommation d’électricité en forte baisse en Chine ou la contraction des statistiques de transport, je ne suis pas inquiet. Ces données ne sont que le reflet du ralentissement de l’industrie chinoise mais plus de 50% du PIB chinois se concentre dans les services. Evaluer la croissance chinoise avec ces seuls indicateurs est une vision du passé de la structure de l’économie chinoise à mon avis. Les tensions sur les obligations de ces producteurs de pétrole (je pense que vous parlez du risque sur les producteurs de pétrole de schiste) sont déjà visibles et les annonces de défaut se multiplient depuis le début de l’année dernière (pas moins de 5 entreprises en décembre ! Le risque existe, il est connu et il est sans commune mesure avec l’affaire des subprimes.
  1) le secteur bancaire reste peu exposé (à peine 2% des encours de crédit d’après les publications de résultats du quatrième trimestre), seules quelques petites banques régionales sont très exposées, notamment au Texas. Mais, le FDIC devrait gérer ce risque.
  2) les fonds qui ont acheté ces obligations sont spécialisés dans ce type de risque. Tous les investisseurs ne sont pas concernés. Ce risque est identifié, connu, et bien quantifié… Le risque de « panique » des marchés me paraît faible.

Question du public : L'Europe compte 500 millions d'habitants pour 25 millions de chômeurs, pas de croissance, pas d'inflation... Et pas de projet structurant (fiscal, militaire, leadership etc...). Ce chômage dramatique (avec ses dégâts collatéraux) n'est-il pas le grand absent de votre slide ?

Jean-Pierre Grimaud : Selon les dernières statistiques économiques, l’Europe semble mieux résister que le reste du monde au ralentissement mondial. La zone euro tire particulièrement profit de la conjonction de trois éléments favorables : la baisse de l’euro, la baisse du prix du pétrole et des matières premières et enfin des taux d’intérêts très bas. Ces trois ensembles conjugués à une balance des paiements de la zone euro excédentaire, permet une forme de relative protection. Cependant, jamais l’Europe n’a été confrontée à une telle crise politique et les adversités qui sont devant nous sont multiples : problème de l’immigration massive, montée des populismes dans tous les pays, constitutionnalité européenne de lois émises par certains pays membres de l’Union (Hongrie, Pologne, Danemark), volonté séparatiste de certains états et ou régions (Brexit, Catalogne, Écosse...), absence de leadership politique et difficultés de mise en œuvre de décisions fondamentales pour la solidité de la zone euro (résolution bancaire, union des marchés de capitaux...).

Question du public : Et la France au milieu ?

Jean-Pierre Grimaud : La France ne sait pas saisir l’opportunité qui lui est offerte, grâce à des taux d’intérêts extrêmement bas, de prendre des décisions économiques nécessaires. La France perd du terrain et du leadership en Europe.

Question du public : Est-il vrai que les États Unis sont en fin de cycle économique ? Certains économistes anticipent une récession en 2017. Qu'en pensez-vous ?

Christian Parisot : Oui et non, tout dépend des indicateurs retenus. Le niveau du taux de chômage (5% proche du plein emploi), la sortie de récession qui date de près de 5 ans ce qui fait de ce cycle un cycle très long, les prix immobiliers élevés, la baisse des profits domestiques des entreprises… ces indicateurs militent pour une fin de cycle proche. Mais les tensions salariales sont inexistantes, le taux d’utilisation des capacités de production dans l’industrie est inférieur à sa moyenne de long terme, la banque centrale a encore une politique ultra-accommodante et les taux longs (nominaux et réels) sont bas, dans un contexte où les tensions inflationnistes restent très faibles et où la croissance reste « molle ». Il n’y a pas de signaux de « surchauffe » de l’économie. Deux éléments pourraient induire une fin de cycle : 1) une forte accélération des salaires en 2016 qui augmenterait les tensions inflationnistes ou pèseraient sur les marges des entreprises, 2) un « choc » exogène qui affecterait la confiance des agents économiques (comme une crise financière ou une chute violente de l’activité en Chine…). Mais, à la différence des cycles précédents, le durcissement de la politique monétaire ne sera pas forcément à l’origine de la prochaine récession aux Etats-Unis. Si la récession américaine est pour 2017, il est clair que le Fed utilisera l’arme des « taux négatifs ». Les banquiers centraux américains y sont prêts…

Question du public : Dans une économie qui change, seule la comptabilité des États (qui a plus de 60 ans) ne change pas. Peut-on encore faire confiance aux indicateurs PIB, croissance... Issus des comptabilités ?

Christian Parisot : Il est faux de croire que les outils de comptabilité nationale n’évoluent pas. Certains organismes statistiques mesurent l’activité du e-commerce dans les ventes au détail. Toute activité marchande donnant lieu à un versement de TVA est mesurée par l’INSEE ou la centrale des bilans de la Banque de France et entre dans le calcul de la valeur ajoutée.
Certes, certains indicateurs sont délicats à mesurer comme la productivité du travail. De plus, la comptabilité nationale, comme la comptabilité privée des entreprises, n’est qu’une représentation conventionnelle de l’activité économique. Prenons un exemple : " dans un embouteillage, vous consommez de l’essence, donc vous affectez le calcul du PIB, mais vous n’augmentez par votre bien-être ".
De même, les nouvelles technologies permettent une forte croissance de l’économie collaborative qui peut affecter la productivité du travail et se substituer à une partie de votre consommation (comme par exemple les cours gratuits des universités via internet, le covoiturage…). Ces échanges de services n’étant pas forcément monétaires, ou seulement pour de faibles montants, et le plus souvent non-déclarés au fisc, la comptabilité aura des difficultés à prendre en compte cette « croissance non-marchande ». Mais, il ne faut pas surestimer cet impact. Prenons un exemple. Vous utilisez le covoiturage pour vous déplacer plutôt que le train. Votre déplacement vous coûte moins cher et la SNCF perd du chiffre d’affaires. Mais, ensuite, cet argent économisé vous l’épargnez ou vous pouvez le dépenser ailleurs, dans un restaurant, par exemple. Dans le second cas, il faudra certes que le cheminot soit formé pour travailler dans la restauration, mais économiquement, vous ne pouvez pas affirmer que le covoiturage est récessionniste. Les nouvelles technologies modifient profondément l’organisation de l’économie et elles génèrent parfois des pressions déflationnistes, mais il n’est pas certain que leurs conséquences sur la croissance ne soient pas « captées », au moins indirectement, par notre outil statistique.

Question du public : Quelle est la probabilité d'un krach obligataire en 2016 ? Denis Kessler la chiffre à 15%.

Christian Parisot : Une bulle est un écart entre le prix de marché d’un actif et sa « valeur fondamentale ». Il faut savoir mesurer cette « valeur fondamentale » et la comparer aux prix de marché. Le principal risque est sur le marché obligataire, à mon avis, car les banques centrales ont des programmes d’achat qui ne dépendent pas des « valeurs fondamentales » du marché. Le problème est que les investisseurs restent très adverses aux risques et que les anticipations d’inflation restent très basses. Le marché obligataire devrait rester cher, très cher même, en raison de la demande toujours nourrie par l’aversion au risque et aux achats des banques centrales. Le risque sera plus important lorsque ces programmes d’achats des banques centrales prendront fin. La Fed a mis en place un tapering pendant 1 an et a dû attendre encore 1 an pour remonter ses taux directeurs afin d'éviter une sur-réaction du marché obligataire… Mais l’absence de tensions salariales sur le marché du travail, une croissance américaine « molle » et la chute des cours du pétrole l’ont aidé à éviter une telle sur-réaction. La demande d’obligations d’État des investisseurs est restée forte. Mais il n’est pas certain que le Fed pourrait éviter un « krach » obligataire si les salaires accéléraient et l’amenaient à remonter ses taux directeurs plus rapidement. Nous ne sommes pas dans ce cas pour le moment… Dans la zone euro, il est difficile d’anticiper des tensions salariales susceptibles de générer une augmentation significative de l’inflation et un durcissement brutal de la politique monétaire. Les taux de marché sont peut-être artificiellement bas mais ils pourraient le rester longtemps !
Jean-Pierre Petit : L’hypothèse de krach obligataire est assez faible. Les bulles obligataires peuvent se poursuivre, surtout si l’environnement macro reste fondamentalement celui d’une pression déflationniste. Les bulles obligataires sont par ailleurs plus facilement contrôlables par l’action publique, en particulier les banques centrales. Ces dernières sont prisonnières de leurs décisions passées depuis très longtemps. Elles ne peuvent se permettre de « normaliser » les politiques monétaires avec un tel niveau de dette, des bilans d’institutions financières gorgées d’obligations souveraines et une extrême sensibilité des marchés d’actifs risqués aux changements de taux d’intérêt. Les bulles obligataires ont une limite « naturelle » (contrairement aux bulles actions ou immobilières) lorsque les rendements s’approchent de 0, même si une pénétration en rendements légèrement négatifs peut se concevoir (Suisse, Danemark,…). Quant aux investisseurs privés, ils peuvent détenir les titres jusqu’à l’échéance sans faire de perte nominale en capital.
Jean-Pierre Grimaud : Le krach obligataire est toujours possible par construction. Notre définition du krach est une hausse brutale et significative des taux 10 ans (+200 bp en 3 semaines). Parmi les catalyseurs identifiés pouvant conduire à un Krach : la poursuite et l’extension du risque de crédit entreprises aux Etats-Unis, une nouvelle crise de la dette souveraine en zone euro et de manière plus globale la faiblesse de la liquidité sur les marchés. Un segment du marché High Yield américain traverse une crise profonde (secteur de l’énergie) et les taux de défauts augmentent de manière significative et pourraient s’étendre à d’autres secteurs, voir au secteur bancaire, ce qui pourrait créer les conditions d’une contagion généralisée. Les tensions politiques augmentent en Europe (référendum britannique qui tourne à la débâcle, nouvelles tensions en Grèce, déstabilisation de la chancelière allemande, tensions en Catalogne, action politique à l’encontre de la Pologne sur la remise en cause des principes de liberté d’expression,..). Tous ces sujets permettraient aisément une nouvelle tension sur les taux des obligations des états les plus endettés de la zone euro, dont la France. Pour autant, la force de rappel de la BCE, dont le Président a rappelé jeudi (21/01) qu’il était prêt à beaucoup pour tenir le système et la croissance, permet de mitiger ces risques. Pour ces raisons, nous donnons une probabilité de l’ordre de 10% (comme Denis Kessler) à un krach obligataire.

Question du public : Quel serait votre scénario de stress à évaluer pour les 3 ans à venir ?

Christian Parisot : Le principal risque est sur les émergents. La chute des cours du pétrole et des « devises matières premières » pèsent sur ces économies et peuvent générer des tensions géopolitiques. Les incertitudes sur la croissance chinoise restent importantes. Une crise des « émergents » ne peut pas être totalement exclue. L’autre risque est une « erreur de communication ou de politique monétaire » de la Fed. Le chemin est très étroit et délicat pour la Fed entre remontée trop lente ou, à l’inverse, une hausse trop brutale… La normalisation de la politique monétaire représente un challenge pour les prochaines années, et je ne parle pas de la réduction de la taille du bilan de la Fed, qui prendra 10 ans selon Mme Yellen.
Jean-Pierre Petit : Le risque principal se situe en Chine qui impacte mécaniquement le reste du monde émergent (la Chine représente 38% du PIB émergent). La Chine souffre de déséquilibres qu’elle a créés, en premier lieu les surcapacités industrielles. L’expérience montre que les pays ayant connu un pic de taux d’investissement ont subi par la suite une baisse de rentabilité du capital et une sensible inflexion à la baisse de la croissance. En particulier le Japon en 1973 et la Corée du Sud en 1991, qui avaient pourtant connu un pic de taux d’investissement plus faible qu’en Chine. Aujourd’hui, ce mal-investissement passé se traduit par une baisse tendancielle de la baisse de productivité et de la rentabilité du capital. Parallèlement, la Chine a connu une bulle de dette exceptionnelle depuis la grande crise (hausse du ratio dette totale (hors institutions financières)) PIB de 85pb depuis 2007, soit la hausse la plus forte parmi les grands pays. Sans oublier les bulles immobilières dans les grandes villes et, plus récemment, la bulle actions domestiques. La hausse du dollar (auquel le renminbi était ancré) depuis 18 mois a aussi accentué les problèmes de compétitivité de l’industrie chinoise (qui subit par ailleurs les hausses salariales les plus élevées du monde) et a abouti à resserrer les conditions financières dans le pays. Ajoutons en dernier lieu que les autorités semblent perdre quelque peu la main depuis 2015 dans la gestion des déséquilibres internes, ce qui renforce l’hypothèse d’erreur de pilotage ultérieure.
Jean-Pierre Grimaud : Le plus grand scénario de stress est la sortie de la Grande Bretagne de l’Union Européenne. L’onde de choc et de diffusion serait terrible, sans compter les conséquences financières


DOUTES ET CONVICTIONS - ALLOCATION ET RECOMMANDATIONS 2016


Question du public : Il y a 100 millions de petits porteurs en Chine qui correspondent grosso modo aux 80 millions de membres du PC. Le dégonflement de la bourse de Shanghai ne va-t -il pas automatiquement créer un problème politique majeur ?

Jean-Marie Mercadal : La réponse du nouveau vice-président de CSRC (l’équivalent de l’AMF) : "c’est vrai que l’indice Shanghai composite a baissé de 40% de son plus haut niveau. Mais si on regarde plus long, le marché a avancé de plus de 30% par rapport à son niveau il y a 18 mois".
Les investisseurs particuliers sont les intervenants majoritaires de la bourse de Shanghai et Shenzhen : 80% de volume de transactions.
Ils savent bien que la volatilité est l’une des particularités du marché chinois local.
Les bourses de Shanghai et Shenzhen sont encore très jeunes comparé à leurs confrères dans les marchés développés. Et c’est à partir du principe de protection des investisseurs non-professionnels que l’autorité du marché a mis en place de multiples règles, comme par exemple : la limite quotidienne de la hausse et de la baisse de 10% ; les vérifications prolongées des comptes des entreprises dans le cadre d'un IPO ; la suspension obligatoire de la cotation en cas d'évènements importants comme la restructuration, la fusion et acquisition, etc. En plus, l’effet de la destruction de la richesse dû à la forte correction de l’été dernier est très limité pour les investisseurs particuliers, car les outils de levier exigent une barrière d’entrée minimum qui exclut la plupart des petits porteurs.

Question du public : Les statistiques chinoises semblent plus que "trafiquées". Quels indicateurs avancés chinois considérez-vous comme sérieux ?

Jean-Marie Mercadal : Malgré la promesse de laisser le marché jouer son rôle, l’interventionnisme du gouvernement chinois sur le marché financier existe toujours.
La Chine est dans une période de transition de son modèle de développement, ce qui exige une stabilité du marché financier.
L’autorité chinoise a l’habitude de gérer l’anticipation du marché au travers de ses indicateurs économiques, comme tous les autres pays du monde.
Certains indicateurs ne reflètent plus la vraie image de la Chine à cause du changement rapide de l’économie. Comme par exemple : l’indicateur de consommation / le chiffre des ventes au détail. Cet indicateur n’inclut pas complètement le volume des ventes sur la ligne du e-commerce, qui pèse déjà l'équivalent de 10% du montant des ventes au détail de biens de consommation au 1er semestre 2015. Dans ce cas-là, le montant du paiement sur la ligne et le chiffre d'affaires publié par les grandes sociétés cotées du secteur de l'e-commerce sont des indicateurs plus fiables pour mesurer le sentiment des consommateurs.
D’ailleurs, l’économie chinoise n’est pas aussi homogène que la plupart des économies développées occidentales. Il existe toujours des différences très importantes entre les régions et les villes.
Les indicateurs nationaux comme le prix de l'immobilier, la construction du logement, la production industrielle, le PMI Manufacturier etc. ne correspondent parfois pas à l’image complète de l’économie chinoise

Question du public : Où investir en 2016 lorsqu'on a atteint son allocation maximale en actions ?

Jean-Marie Mercadal : D’une façon globale, il y a peu d’investisseurs qui ont atteint leurs limites en matière de pondération actions : l’aversion pour le risque a accompagné pratiquement toute la hausse des marchés depuis 2/3 ans car il y a eu peu de corrections finalement et d’autre part, les investisseurs ont gardé la sentiment que l’économie financière se déconnectait de l’économie réelle sous l’effet des Banques Centrales.
Ceci-dit, pour ceux qui souhaitent profiter de cette période agitée pour renforcer les actifs à risque, nous pensons qu’il y a 3 sources potentielles de performance à moyen terme:
  - Les obligations convertibles qui, même si elles ne sont pas spécialement décotées présentent actuellement une bonne corrélation aux marchés actions (Delta autour de 35 en Europe) tout en étant pas trop loin des planchers obligataires à ce stade. Elles présentent donc une assez bonne convexité
  - Les obligations émergentes, en devises fortes et en devises locales : les rendements atteints après les « sell off » de ces derniers mois deviennent intéressants en comparaison des taux occidentaux et les devises ont beaucoup baissé, jusqu’à des niveaux qui commencent à être intéressants dans une optique de long terme
  - Les obligations indexées contre l’inflation : avec le ralentissement économique et la baisse des matières premières, l’inflation implicite est très basse actuellement (1.3% aux US et en 0.9% en zone euro). Avec une gestion fine de la sensibilité ou en prenant des fonds spécialisés, il y a matière à un rattrapage.


POINTS D'ANCRAGE - L'ANALYSE AU COEUR DE LA CRÉATION DE VALEUR


Question du public : La décarbonisation des portefeuilles est-elle un objectif voire une opportunité pour OFI ?

Éric Van La Beck: L'objectif pour OFI est d'apporter une réponse aux attentes des investisseurs institutionnels face aux obligations annoncées dans la loi de transition énergétique. C'est aussi une opportunité qui permet de mettre en avant son expertise ESG.

Question du public : Dans le cadre de la multigestion, comment gérez vous le décalage d'information dans la gestion du risque émetteur ?

Sophie Bigeard : Le modèle Multigestion mis en place chez OFI AM repose notamment sur des partenariats avec des sociétés de gestion externes (sous la forme de produits blancs avec des asset managers français et étrangers) ce qui nous permet d’avoir une transparence quotidienne, remontée directement dans nos systèmes, sur une large part de nos fonds de fonds : plus de 80% sur nos fonds de fonds Actions Europe en moyenne et près de 70% sur les stratégies Actions Internationales (dont 10 à 15% en ETF et/ou futures). Sur le reste des positions, nous travaillons également en transparence avec une mise à jour mensuelle des inventaires. Le décalage d’information ne concerne donc que moins de 30% des portefeuilles.
Si un risque majeur est décelé sur un émetteur présent dans cette portion de portefeuille, notre équipe contacte les gérants ayant eu ces titres en portefeuille pour vérifier l’état des positions.
Plus globalement, l’équipe Risk Management d’OFI AM interpelle l’ensemble des gestions en cas de risque émetteur majeur : dans ce cas, nous contactons également les gérants des portefeuilles sur lesquels nous n’avons pas la transparence quotidienne pour vérifier l’état des positions à l’instant T.


LE DIGITAL ET LA GESTION D'ACTIFS


Question du public : Le nouveau digital est-il l'ancien digital moins le cloud ? Où le cloud n'est il pas devenu une façon élégante de pirater les datas ayant de la valeurs pour les revendre ?

Xavier Michel : Le cloud n’est pas une façon élégante de pirater de la DATA mais d’utiliser un ensemble de ressources informatiques configurables (comme par exemple : des réseaux, des serveurs, du stockage, des applications et des services) qui peuvent être provisionnées et libérées avec un minimum d’administration.
C’est donc plutôt une façon élégante de s’affranchir de son DSI .

Question du public : Le digital est il le mutualisme sans structure mutualiste ?

Xavier Michel : Le digital est une série de moyens qui permettent le partage. Une structure mutualiste est également un moyen et pas une fin en soi. Le digital permet de démultiplier à grande échelle l’idéal mutualiste de partage. Le digital au service d’une structure mutualiste peut lui permettre de porter son ambition avec des besoins de moyens réduits.

Question du public : Les Fintech peuvent-elles remettre en cause les banques traditionnelles voire les banques en ligne ?

Xavier Michel : Comme dans l’asset management avec les Robo Advisers, les Fintech ont bénéficié d’un environnement chahuté entre 2009 et 2015. Les banques traditionnelles feront avec ces nouvelles solutions ce qu’elles ont fait avec les banques en ligne : elles les intègreront pour améliorer leur offre.


POINTS D'ATTENTION - LA GESTION DES RISQUES : NOUVEAUX BESOINS ?
NOUVELLES SOLUTIONS ?


Question du public : Des spreads écrasés et des défauts plus nombreux? Pas très sexy le crédit en 2016 ?

Éric Bertrand : Les rendements sont écrasés sur le crédit Investment grade en zone euro mais la plupart du rendement vient aujourd’hui des spreads et non des taux (la courbe allemande est en taux négatif jusqu’au 7 ans). Ces derniers ne sont plus sur leur point bas de mars dernier et ont retracé une grande partie de leur resserrement. Nous sommes aujourd’hui sur les niveaux de fin 2013 (au 21 janvier 2016).
Il n’y a pas de défauts attendus sur l’univers Investment Grade, ils sont attendus en légère hausse sur l’univers High Yield € quoique modérément (3.19% en 2016 selon les estimations de Moody’s).
Les spreads de crédit IG en zone euro sur 2016 devraient être stables voire en léger resserrement compte tenu de l’écartement récent, ce qui permettrait d’obtenir au minimum le portage (1.46%) voire un peu plus avec un resserrement des spreads (env. +0.50% pour une compression de 10 bps). En effet, la vision globale macroéconomique en zone euro reste positive même si la croissance modeste prive la Zone d’un reflux rapide du chômage. Par ailleurs, la BCE continuera d’être accommodante. Cette performance sur le crédit € ne sera toutefois possible qu’avec une accalmie sur les marchés. Une stabilisation, a minima, des prix du pétrole et des nouvelles rassurantes en provenance de Chine en sont les prérequis, ce qui est notre sentiment pour 2016.
En revanche, cette phase d’amélioration devrait se traduire par une remontée modeste des taux d’intérêt en zone euro de l’ordre de 30 à 50 bps selon les points de la courbe, ce qui viendra peser négativement sur les titres investment grade pour la partie taux. La performance globale en 2016 (effet taux, spread et portage) est attendue entre 0.50% et 1%.

Question du public : Gérez-vous les risques de la même façon pour un fonds ou un mandat ?

Christophe Lepitre : Certains process de suivi des risques se ressemblent, notamment le suivi du risque de défaut d’émetteur ou de concentration. Cependant, tous les risques ne sont pas gérés de la même façon pour un fonds ou un mandat, car nous mettons en œuvre une gestion sur mesure, avec des contraintes spécifiques qui répondent aux besoins du mandant.
Certains concepts sont aussi appréciés différemment. A titre d’exemple, la notion de plus ou moins-value latente est importante pour les gestions mandats car elle peut avoir un impact sur d’éventuelles provisions à matérialiser par le mandant, alors que l’appréciation ou la dépréciation des titres est déjà intégrée dans la valeur liquidative d’un fonds et donc revêt un caractère moins important.
Enfin, dans le cadre de la gestion sous mandat, nous prenons aussi en compte des contraintes de nature comptable.

Question du public : Est-ce que le SCR marché peut être une mesure du risque ?

Christophe Lepitre : Oui, le SCR peut être une mesure de risque, car il est calculé à partir de scénarii de déformation des facteurs de risques. Sous réserve que les hypothèses de corrélation soient réalisées, cet indicateur donne donc une bonne idée de la déformation d’un portefeuille à partir de scénarii de chocs de marchés.
Et comme toutes les mesures agrégées de risque de marché :
  - l’analyse de la décomposition suivant différents facteurs de risque ou autres clés d’agrégation peut aussi être utile
  - il y a davantage d’intérêt dans le suivi de leur évolution dans le temps que dans la valeur en elle-même.
Cependant, selon la composition du portefeuille pour lequel les risques de marché sont mesurés, le risque de crédit souverain peut ne pas être pris en compte si la formule standard est utilisée. Enfin, le SCR marché doit être accompagné d’autres mesures de risque, afin d’analyser les risques encourus dans des scénarii alternatifs d’évolution des marchés.

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